Erasmus musical

Ils ont des bidons, des objets en métal, des verres plus ou moins remplis d’eau dont ils se servent comme autant d’instruments de musique. Des flûtes ont été créées avec des seringues en plastique. Une bouteille en plastique, une corde et voilà une guitare. Un objet orange, fond de casserole ou de chaudron, a dû servir initialement à faire la cuisine. Percé en divers endroits, il est devenu un instrument de percussion à la gamme de notes variées. Nombre d’autres instruments de toutes sortes ont été fabriqués par une trentaine de jeunes français et irlandais dans le cadre d’une action soutenue par le programme « Erasmus + échange de jeunes ».

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« Nous avons reçu 21000 euros de l’Europe pour mener à bien "Homemade harmony" » indique Marie-Christine Grandjean, présidente du comité de jumelage Essert – Ballinamuck et principale instigatrice du projet. Cette action a débuté en janvier 2015. Chacun de leur côté, les groupes français et irlandais ont créé leurs instruments à partir d’objets recyclés avant de se retrouver du 18 au 30 juillet au bord du lac du Malsaucy (Territoire de Belfort) pour le point d’orgue du projet. « C’est vraiment une bonne idée disent Chantel et Cieren, deux Irlandais de 15 ans. On a fabriqué nos instruments en juin, on se retrouvait toutes les semaines pour pratiquer. Et ici, c’est bien : on rencontre des Français sympas, on découvre une belle région ». La plupart des jeunes irlandais n’avaient jamais quitté leur pays. Ils sont ravis, découvrent des points communs et quelques petites différences. « Vous mangez à heures fixes alors que chez nous on mange tout le temps ».

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Avec ça je progresse carrément en anglais

L’idée et le nom sont venus des jeunes eux-mêmes. « Le jumelage avec Ballinamuck existe depuis 1997 relate Marie-Christine Grandjean. L’an dernier, nous nous sommes réunis pour réfléchir à un projet. Ceux qui étaient partis en Irlande en juillet 2014 avaient aimé participer à une activité de peinture de chaises. Ils avaient envie de repartir sur quelque chose de créatif avec du recyclage et l’un d’eux a émis cette idée de le faire autour de la musique ». Le jeune en question s’appelle Antoine. Il a 18 ans, est en terminale au lycée Follereau à Belfort, pratique la guitare depuis 2 ans et participe au jumelage depuis 4. « La musique, les activités, l’entente avec les Irlandais : ce qu’on fait est très complet. Et avec ça, je progresse carrément en anglais ».

Habituellement, le jumelage passe par des hébergements en famille. Erasmus + est une première, de même que le centre de loisirs avec hébergement en accueil collectif. Il permet d’organiser diverses activités en plus de la mise en pratique de leurs instruments dirigée par Baptiste Jeandel, professeur de batterie belfortain (auparavant, les Français avaient également travaillé avec Jacques Rollin, enseignant de musique retraité).

« J’interviens sur la partie arrangement des morceaux, orchestration, dynamique de groupe précise Baptiste Jeandel. Ca se passe plutôt bien car on arrive à impliquer tout le monde malgré les disparités, les niveaux musicaux différents. Dans l’ensemble, les Irlandais ont une sensibilité rythmique accrue. Les filles aussi, d’ailleurs. Mais on sent que la musique populaire en Irlande est pratiquée par tout le monde et plus souvent que chez nous. Ils chantent, dansent, frappent des mains plus volontiers ».

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« Dès qu’on ne fait rien, ils chantent confirme Mathilde, l’une des jeunes françaises participantes. Au début, quand il y avait des moments creux, cela a contribué à mettre l’ambiance ». Baptiste Jeandel découvre lui-même « la musique traditionnelle irlandaise, le travail avec un groupe de cette taille, la nécessité de créer un spectacle de fin de séjour dans un délai court ».

Développement de compétences

« Parmi les obligations importantes du financement, il fallait que le projet ait un impact sur les jeunes et qu’ils développent des compétences ». Notions de recyclage, apprentissage musical, projet de groupe mais pas seulement. Mathilde et Salomé, deux sœurs étudiantes à l’IUT info-com ont créé le flyer du projet. D’autres ont développé le blog du séjour. Un jour, les jeunes se sont mués en animateurs pour improviser un atelier de fabrication d’instruments avec des enfants présents sur la plage du Malsaucy.

« Les jeunes se sont vraiment impliqués » note avec satisfaction Marie-Christine Grandjean. Qu’ils soient lycéens ou étudiants, les Français sont dans l’ensemble unanimes. Certains participent au jumelage depuis 4, 5, 6 ans. « Ca se passe très bien résume Gaëtan, 16 ans, "flûte de pan" bricolée en mains. Il faut toujours deux ou trois jours pour se connaître mais maintenant, on arrive à bien s’entendre. On joue, on mange, on fait de la musique ensemble ». Au cœur du projet, la musique a contribué au rapprochement. « Les Irlandais sont beaucoup plus musiciens que nous. Au début c’était difficile de suivre, mais on s’y est mis ».

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Article rédigé par Stéphane Paris, initialement publié sur le site http://www.topo-fc.info/article-erasmus-musical,732.html

publié le 02/10/2015

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