Francophonie : entretien avec l’Ambassadeur de Roumanie

Son Excellence Mme l’Ambassadeur Manuela Breazu est ambassadeur de Roumanie en Irlande. Dans le cadre du Mois de la Francophonie en Irlande, elle nous fait part des liens entre la Roumanie et la Francophonie.

  • Quel est la place du français en Roumanie ?

La langue francaise a toujours occupé une place importante en Roumanie, du fait des liens historiques étroits avec la France et de notre héritage linguistique. Parler français aux 18ème et 19ème siècles signifiait bien plus que la maitrise d’un outil linguistique : C’était l’expression de l’adhésion de la société roumaine aux valeurs, idées et idéaux portés par la langue française et partagés par les nations de l’Europe moderne.
Plus récemment, et même sous la période communiste, le français était une des langues principales enseignées dans les écoles roumaines, en tant que composante du programme scolaire qui recommandait l’étude de deux langues étrangères.
Aujourd’hui, bien que l’anglais soit désormais très étudié, la Roumanie n’en reste pas moins le « cœur » de l’enseignement du français en Europe centrale et orientale, où plus d’un million de personnes apprennent le français.
Je souhaiterais également rajouter que dans le milieu des affaires internationales, d’après mon expérience personnelle, le français reste une condition sine-qua-non pour réussir dans le monde de la diplomatie.

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  • Quelles sont les origines de la relation entre Roumanie et langue française ?

Le lien entre la Roumanie et la langue francaise est un lien naturel : le roumain appartient en effet à la même famille linguistique que le français : les langues romanes (issues du latin).
Le Roumain est à ce jour la 5ième langue romane le plus parlée après l’espagnol, le portugais, le français et l’italien.
L’histoire contemporaine et moderne de la Roumanie a été marquée par une composante francophone importante. Dès le 18ème siècle, les élites intellectuelles roumaines étaient éduquées en français. En 1776, la langue française fut introduite en tant que matière obligatoire à l’école supérieure de Bucarest. Les voyages d’études en France étaient fréquents pour la jeunesse érudite roumaine participant ainsi à la diffusion des idées des Lumières à leur retour. Au 19ième siècle, le français était devenu le moyen privilégié d’accès à la modernité. Dès 1830 l’étude de la langue française fut introduite dans les écoles secondaires en commençant par Bucarest et Iasi.

  • La Roumanie a rejoint très tôt la Francophonie « institutionnelle », en 1991. Qu’est-ce qui a poussé à ce choix ?

La Roumanie a rejoint l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 1991 en tant qu’état observateur, puis est devenue état membre en 1993.
La Roumanie a rejoint la Francophonie du fait de son engagement pour les principes fondateurs qui ont créé le mouvement Francophone et du désir de contribuer à la diffusion de ces valeurs : le développement de la démocratie, le soutien de l’état de droit et des droits de l’Homme, dans un contexte de diversité, multilingue et solidaire.
Notre activité au sein de l’OIF trouve ses racines dans la tradition francophone et francophile du peuple roumain.
En avril 2013, pour marquer les 20 ans de l’entrée de la Roumanie à l’OIF, le ministre roumain des affaires étrangères a inauguré à Bucarest une « Place de la Francophonie », avec le soutien de la ville de Bucarest.

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  • Concrètement, qu’apporte la Francophonie institutionnelle à la Roumanie et comment la Roumanie contribue-t-elle à la Francophonie ?

Participer à la Francophonie représente pour la Roumanie une belle opportunité de contribuer à trouver des solutions aux challenges internationaux, en particulier à ceux qui touchent le développement durable et l’éducation. Je suis fermement convaincue qu’être membre actif de l’OIF a contribué à renforcer le profil international de la Roumanie.
La contribution de la Roumanie aux actions de l’OIF est en grande partie liée à son rôle de leader au niveau régional, qui lui a valu le titre de « Pays porte-étendard de la Francophonie pour l’Europe Centrale et Orientale » en 2007. De nombreuses réunions régionales se tiennent à Bucarest, dédiées principalement à la création du premier plan d’action régional, suite concrète du sommet de Dakar en 2014, et créé dans le but de mettre en place la programmation 2015-2018 de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

En tant qu’état Porte-étendard de l’OIF, la Roumanie a activement contribué à la création du Réseau des Correspondants nationaux pour la Francophonie dans l’Europe Centrale et Orientale (RESIFECO), lancé en 2013 à Bucarest ; réseau dont la Roumanie a assuré la présidence jusqu’en octobre 2015. Ce réseau offre une excellente plateforme propice au débat, au partage d’expérience et à l’échange d’informations relatives à la Francophonie dans la zone d’Europe centrale et orientale.

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  • Pouvez-vous citer quelques exemples de projets concrets développés dans le cadre de l’OIF auxquels la Roumanie a contribué ?

Ils y a toute une série de projets bien concrets développés dans le cadre de la Francophonie auxquel la Roumanie a contribué. En voici quelques-uns qui illustrent la participation active et diversifiée de la Roumanie dans ce domaine :

- Le gouvernement roumain a lancé en 2006 le programme de bourse universitaire « Eugène Ionesco » (du nom du célèbre dramaturge franco-roumain). C’est un programme de recherche doctoral et post-doctoral, pour les étudiants des universités membres de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), et dont le but est de contribuer au développement durable dans les pays de la Francophonie, en particulier les pays du Sud et de l’Europe Centrale et Orientale. A ce jour, plus de 600 étudiants de 37 pays ont bénéficié de cette bourse.

- La Roumanie est également activement engagée dans la mise en place d’un programme régional destiné à soutenir les femmes et les jeunes entrepreneurs. Ainsi la Roumanie a organisé à Bucarest en juin 2015 le 20ème forum des affaires internationales « Futurallia ». Sur le même principe, un partenariat des pays du delta du Danube a été établi entre la Roumanie, la Bulgarie et l’Ukraine, avec la participation financière de l’Union Européenne. Ce partenariat du delta du Danube propose en Juillet 2016 le premier « Forum des emplois verts » qui se tiendra à Bucarest.

- La Roumanie a organisé en 2014 et 2015 des camps d’été francophones régionaux accueillant 222 étudiants originaires de 11 pays pour partager leur expérience en tant que francophone. Suite aux retours très positifs de ces deux premières rencontres, le camp d’été sera en 2016 organisé dans un autre pays de la zone Europe Centrale et Orientale.

- Le Ministère de l’éducation roumain a organisé en 2015 à Cluj-Napoca la première édition des « Olympiades internationales de français ». L’édition 2016 se tiendra en Bulgarie.

- Le Ministère de l’éducation a également récemment introduit, à titre d’expérimentation, l’apprentissage du français au niveau préscolaire. La mise en place de ce projet-pilote est encouragée Centre Régional Francophone pour l’Europe Centrale et Orientale (CREFECO), et sert de pratique modèle pour les autorités éducatives des autres pays de la région.

- Le Centre roumain pour la Gendarmerie "Mihai Viteazul", soutenu par l’OIF, fournit un entrainement pour les opérations de maintien de la paix. Le centre a reçu en 2015 la reconnaissance des Nations Unies pour son « Cours supérieur international » en français. Ce cours permet à des dizaines d’officiers des états impliqués dans des opérations de maintien de la paix de recevoir un enseignement en français.

- La Roumanie attache une attention particulière à la mise en place de l’ « Initiative nationale francophone – 2015-2018 » dont le but est de renforcer les compétences en langue française des fonctionnaires et diplomates, notamment en vue de la préparation de la présidence de la Roumanie au Conseil de l’Europe en 2019.

Dublin, le 24 mars 2016

publié le 30/03/2016

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